Géologie et patrimoine géologique à Ouessant
Disponible au prix de 15 €, et 4 € de port
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1889, un été avec Charles Barrois, promenade géologique en presqu’île de Crozon (Finistère) Proposition à l’initiative de Jessie Cuvelier (SGN – Université de Lille) à partir du carnet de terrain 30 de 1889 de Charles Barrois conservé au Muséum d’histoire naturelle de Nantes 1 Ce titre est un clin d’œil aux ouvrages littéraires récents de Sylvain Tesson « Un été avec Homère », « Un été avec Rimbaud » Charles Barrois (1851 – 1939), assistant de Jules Gosselet à la faculté des sciences de Lille dès 1871, commence à publier sur la géologie armoricaine à partir de 1877. Le Service de la Carte géologique de la France lui confie les levers du Massif armoricain. Ainsi entre 1885 et 1909, il lèvera 18 cartes géologiques au 1 :80 000ème soit la totalité de la Bretagne. Depuis la fin du 18ème siècle, des géologues observaient ici et là la géologie bretonne mais Charles Barrois a réalisé en Bretagne un travail considérable qualifié de « titanesque » par Louis Chauris, autre géologue armoricain, son fervent admirateur. En 1889, fin août-début septembre, Charles Barrois est sur le terrain en Bretagne, d’abord dans le Finistère où il visite le sud de la Presqu’île de Crozon et la région de Lanmeur, puis il voyage entre Redon et Pontivy, avant de poursuivre au nord vers Lannion et Plouaret. Le 28 août, Charles Barrois est à Crozon, au Guern. Il y note des « poudingues pourprés du Guern » et divers niveaux de schistes et de grès qui laissent penser qu’il a observé les pentes du Guern. Il mentionne fort justement l’existence d’un clivage oblique aux strates et le schéma qu’il en donne illustre très fidèlement les relations géométriques entre stratification et schistosité caractéristiques de ce secteur. Stratification et schistosité au Guern Schéma dans le carnet de Barrois Sa description de « schistes gris bleu argileux, à minces lits de quartzite sombre, très plissés, en plis aigus » correspond par ailleurs, parfaitement, à l’affleurement des terrains briovériens du platier de Beg ar Gwin, à l’est du Guern. Schistes briovériens plissés Il est cependant très surprenant que la nature et la problématique du contact entre les formations pourprées conglomératiques et ces schistes gris bleu très déformés ne soient pas du tout évoquées par Barrois… La discordance de la Formation rouge du Cap de la Chèvre (Ordovicien Inférieur) sur les schistes gris-vert du Briovérien Le conglomérat de la Formation du Cap de la Chèvre (Ordovicien inférieur) Pour y aller : commune de Telgruc-sur-Mer ; à l’ouest, plage de Trez-Bihan, prendre le sentier côtier et descendre sur la plage par l’escalier, l’affleurement est au nord de la plage. Deux pupitres de la RNR évoquent la géologie des géotopes. Barrois poursuit ses observations au sud vers la Baie de Le Caon, la grande plage au sud du bourg de Telgruc-sur-Mer. Il y décrit au nord de l’anse, des « schistes cornés avec calcite » (faciès non décrits aujourd’hui qui correspondent peut-être à des niveaux plus indurés dans les schistes du Briovérien) dans lesquels « quelques lits rappellent l’aspect de tufs comme à Paimpol » (peut-être sont-ce là les niveaux intra-formationnels à galets à de phtanite aujourd’hui reconnus dans ces schistes) Galets de phtanite dans les schistes briovériens puis des « schistes zébrés » qu’il compare à ceux de Morlaix. Au sud de l’anse, il note deux « filons interstratifiés de kersanton ». Jusqu’à la rivière d’Elléouet il observe la continuité des « schistes zébrés, plus ou moins cornés, avec niveaux grauwackeux et lits de quartzites ». L’Anse du Caon correspond à une dépression dans les schistes briovériens qui occupent toute la cuvette du Porzay depuis Beg ar Gwin jusqu’à Douarnenez. De part et d’autre de l’anse, au nord et au sud, les pointes rocheuses montrent ces schistes armés de coulées volcaniques basiques offrant localement un débit en pillow-lavas (sud de la plage de Trez Bihan, pillow très déformés, difficiles à observer). Les « filons d’amygdaloides » que Barrois mentionne à deux reprises sont-ils les pillows déformés ? [géotope de la RNR]. Extrait de la carte géologique au 1 :50 000 ème Douarnenez, 1975 (hors échelle) Extrait de la carte géologique au 1 :80000 ème, de Charles Barrois, 1891 (hors échelle) Le 31 août, on retrouve Charles Barrois au Cap de la Chèvre. Il y dresse la coupe nord-sud de la Pointe de Lostmarc’h, où il décrit « le calcaire de Rosan gris-bleuté cimentant [des] roches à éponges vert-clair de Rosan et calcaire bleu sombre ( ?) à cinérites noires stratifiées ». Schéma extrait du carnet de Ch. Barrois figurant les cinérites stratifiées C’est en galets que la brèche volcanique est la mieux observable Il ajoute « cette roche tuffacée à éponges, relié par ciment calcaire […] forme tout le cap de Lostmarc’h N.O. ». Qu’a-t-il vu ? La pointe nord de Lostmarc’h est bien dans la formation volcano-sédimentaire de Rosan mais le calcaire gris-blanc cimente des pillow-lavas et pas des éponges (sic) et les cinérites décrites et schématisées correspondent à une brèche volcanique litée. Notons qu’en 1889, le débit en coussins (pillow-lava) des coulées de lave sous-marines n’était pas encore décrit, il faudra attendre plus d’un demi-siècle pour que soient réellement bien interprétées la nature et la formation de ces coulées. Pillow-lava de Lostmarc’h Pour y aller commune de Crozon ; au sud-ouest hameau de Lostmarc’h, poursuivre sur le chemin vers le littoral jusqu’à la pointe, double éperon barré. Le site, affecté au conservatoire du littoral, est situé dans la RNR Barrois poursuit ses observations vers le Cap de la Chèvre, au sud de la presqu’île. Il décrit des « schistes très noirs » et observe curieusement des « grès en boules ferrugineux mais peut-être sont-ils des diabases altérées ? » De tels grès sont effectivement visibles, attribués à la Formation de Rosan. Au cap de Lesteven (aujourd’hui nommé Pointe de Kerdra) il note « de belles diabases altérées en boules ou fraîches » ainsi qu’un « tunnel dans la falaise ». Le hameau de Rostudel retient son attention, il remarque naturellement les maisons typiques en grès armoricain dans lequel il observe des scolites. Au sud du sémaphore du Cap de la Chèvre, Barrois note « le grès armoricain horizontal, clivé verticalement » (). Copie du schéma de son carnet Là, très certainement, le géologue (qui écrit horizontal